Semasaka et Muhabura : Deux Taureaux sacrés et une mémoire perdue de la monarchie burundaise

Dans l’ancien Burundi, le Burundi monarchique, les liens entre l’humain, l’animal et le végétal formaient une harmonie profonde, nourrie de spiritualité, de symbolisme et de rituels sacrés. Deux taureaux, Semasaka et Muhabura, incarnaient cette symbiose au cœur même de la cour royale. Leur histoire, aujourd’hui oubliée ou folklorisée, illustre une sagesse indigène renversée par l’ordre colonial. Dans cette brochure, on vous raconte leur rôle à la cour, on vous parle aussi de leur fin tragique.

La vache symbole de pouvoir, de richesse et du sacré

Au Burundi, pays où le lait et le miel ne tarissent pas, la vache a toujours occupé une place centrale dans la société. Plus qu’un simple bien économique, elle était un symbole de richesse, de bénédiction, et de prestige. Dans cette ébauche, nous ne parlerons pas de toute vache du commun des mortels, mais notre attention ira à l’envers des deux taureaux « Semasaka et Muhabura », sacrés et indispensables à la cour royale qui jouaient un rôle sacré dans la monarchie burundaise.

Semasaka : le taureau blanc du roi

Semasaka, taureau blanc, était considéré comme le chef des troupeaux royaux. Il avait une place privilégiée dans la cérémonie de l’Umuganuro, la fête des prémices. Comme le roi qui ne mangeait pas de sorgho avant cette fête, Semasaka non plus ne pouvait pas paître dans les champs cultivés à cette fin. « Si les gardiens du troupeau royal laissaient malgré tout Semasaka entrer dans ces champs, ils étaient coupables de crime de lèse-majesté », objecte F.M. RodegemL.

Semasaka était gardé près du tambour royal Karyenda, palladium du Burundi. Lors de l’intronisation d’un nouveau roi, on faisait monter le jeune souverain sur son dos, et « le personnage principal de la cérémonie montrait le jeune souverain à la foule et le faisait acclamer ».

Muhabura : le guide du tambour royal

Quant à Muhabura, « il accompagnait le tambour royal Rukinzo, un tambour qui réglementait la vie quotidienne à la cour et suivait, avec toutes ses vaches, il accompagnait le souverain dans ses déplacements ».

Lui aussi participait à l’intronisation du nouveau roi : « on faisait monter le roi sur le dos de Muhabura en signe d’avènement ». Lors des déplacements royaux, Muhabura précédait les troupeaux royaux, symbole de la continuité du pouvoir.

Une fin tragique sous l’influence coloniale

La modernité imposée par le pouvoir colonial a brisé cette harmonie. « Le dernier taureau Semasaka meurt en 1935 sur la colline Kiryohe », relate G. Joseph même si « Une version circule comme quoi il a été déchiqueté par les corbeaux, mais en réalité, soutient l’historien, il a été mangé par les gens du coin ». Le mystique autour de lui, avait déjà disparu, Semasaka fut relégué au rang de ses pairs.

Muhabura eut un sort tout aussi tragique. Le roi trouvant ce taureau encombrant car il se déplace désormais en voiture, ordonne qu’il soit abattu : « Le roi ordonne qu’on l’abatte pour le donner aux élèves de l’école de Muramvya tenue par Bonjean », éclaire Mworoha, le prince « Nduwumwe faillit se tuer en recevant cette mauvaise nouvelle », ajoute Joseph Gahama.

En guise de conclusion, disons que la monarchie burundaise avait mis en place un système où les hommes et les animaux avaient des rôles importants dans la vie quotidienne. » Ces deux taureaux Semasaka et Muhabura n’étaient pas seulement symboliques : ils étaient considérés comme des chefs des troupeaux, d’où leur sacralité. Mais ce système a été diabolisé par les colonisateurs et les missionnaires, qui ont brisé l’équilibre entre le sacré, le rituel et le vivant.

Clovis Niyonkuru

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