De l’aurore au crépuscule, de la nuit au sombre minuit, un banquet annuel s’étendant sur huit jours où des rituels et des cérémonies étaient observés rassemblait les Barundi, c’était Umuganuro communément appelé “fête des semailles”. Une organisation et une préparation de haute envergure suivie d’une mobilisation, précédaient la fête qui marquait l’unité nationale.
En effet, l’Umuganuro appelé fête des semailles ou fête des prémices où le roi devait souhaiter un nouvel an à sa famille et à tous les Barundi. Le roi intervenait personnellement dans les cérémonies comme principe fécondant. Il était interdit de semer le sorgho avant la fête, car c’est dans celle-ci que le roi bénissait le sorgho à semer dans la saison culturale à suivre.
Nous ne voudrions pas nous attarder sur le déroulement de l’Umuganuro qui se poursuivait pendant toute une durée de 8 jours. Dans cet article, à la lumière d’Alexis Kabura et de F.M. Rodegem, bornons-nous sur le rôle prépondérant que jouaient certaines femmes pendant ce banquet et que personne de masculin n’était autorisé de prendre la relève. Nous sommes conscients qu’en insistant sur le passé, nous entendons bien fixer le présent et orienter l’avenir.
La reine, première épouse du Roi
Alexis Kabura, professeur du Kirundi au Lycée Scheppers de Nyakabiga, nous a rassuré que, la première reine (attendu que le roi pouvait en avoir plus d’une épouse) était, elle, concernée par le rituel des prémices -Kurya Umwaka.
Invité pour parler de l’Umuganuro pendant la vingtième édition de la soirée Rinjora, A. Kabura a soutenu que le roi rentrait de la maison de Karyenda (i Buryenda), le sacré tambour symbole du pouvoir royal, et entrait dans Nyamugari, l’intérieur du palais où vivaient le Roi et la reine, les princes et les princesses. Là, il trouvait la pâte du sorgho -Umutsima déjà prête et les légumes bien épicés.
Aussitôt, le roi procédait à la cérémonie proprement dite. Il prend une bouchée de pâte -Intóre qu’il ingurgite avec appétence en prononçant une formule imprécatoire : « Umwaka mushasha mwiza ! Uwawuntegeyemwo cangwa se uwawutegeyemwo Abarundi arakicwa na Karyenda » – Joyeux nouvel an ! Que celui qui m’a tendu un piège ou bien qui l’a tendu au Burundais pendant cette année, qu’il soit tué par Karyenda.
Puis, il prenait une autre bouchée -Intóre qu’il trempait et offrait d’abord à son épouse, la reine et ensuite à toute sa descendance. Ici, Kabura continue de préciser qu’il s’agissait de la première reine que le roi avait épousée en premier car celle-ci gardait un honneur plus que toutes ses rivales.
Le rôle sans pareil de Mukakaryenda
A côté de la reine, d’autres femmes se faisaient voir lors de la fête d’Umuganuro. Parlons de prime abord de Mukakaryenda dont la fonction était de garder le tambour royal Karyenda, de l’enduire de beurre aromatisé pour l’empêcher d’être attaqué par les vers, de le caresser comme un être vivant. En outre, lors de la prise de pouvoir d’un nouveau roi, Mukâkaryenda et le monarque faisaient un simulacre d’union charnelle.
La femme en question, habitait au palais du Buryenda, demeure de Karyenda. Elle change après chaque règne. Épouse mystique de Karyenda jusqu’à sa mort, elle ne connaissait pas d’homme et au jour de Muganuro elle devait tenir Karyenda. La dernière Mukakaryenda connue dans l’histoire du Burundi fut Ruburasoni, de la famille des Bashubi.
Une autre femme était Mukâsáto.
Aussi appelée Jururyíkagôngo, Mukasato était épouse du python-Isato. Elle prenait part au cortège d’umuganuro lorsque le Mwami entrait triomphalement au Palais de Karyenda piétinant à l’entrée, la dépouille d’un jeune homme du clan des Bahirwa sacrifié chaque année pour cette fin. « Le roi lui concédait, outre de quoi se vêtir, un tambour qui l‘accompagnait au bosquet sacré sur la tombe royale à Kagôngo à cinq kilometres de Muramvya » ajoute F.M Rodegem. selon ce dernier, la vestale qui assurait cette charge sous le règne de Mutâga s’appelait Barahemana ; elle vivait encore en 1960. Elle devait mourir célibataire.
Mukakiranga et Mujawibwamin, femmes aux rôles bizarres
De surcroît, les deux femmes sont effrayantes de par leur fonction en peu bizarres, et surtout Mujawibwami. Lors de la fête des semailles, la vestale de Kiranga, Mukakiranga, portait sur la tête une coiffure en peau de colobus – inkomo, un couvre-chef rituel -intútu ; elle avait en main une lance de cuivre -umuringa et une massue de fer, de même qu’un marteau, un chasse-mouches et divers objets métalliques.
Nous ne passerons pas sous silence le rôle que jouait Mujawibwami. Selon Rodegem, « elle était l’esclave de la cour royale et était choisie dans la famille Bahima dont le nom était Abahenyi. La dernière en date s’appelait Buganga. La reine Ririkumutima a supprimé sa fonction qu’elle trouvait injurieuse et déshonorante ». En effet, Mujawibwami venait à la cour avec un chiot, symbole de ses activités : elle devait se conduire comme une chienne ou comme une chèvre. Il lui était interdit de se marier, mais tout homme pouvait disposer d’elle à son gré. Si elle devenait mère, la coutume l’autorisait à vivre (alors qu’on tuait les filles-mères). Elle vivait habituellement Mucanzo id. est près de la porte de service. Elle ne pouvait pas aller chez les siens. Lors de la fête des semailles Umuganuro, elle devait “gutáramura ishengero”, c’est-à-dire ‘écarter la foule’ qui se pressait près du palais sans vouloir retourner à leur provenance. Pour refouler l’assemblée, Mujawibwami venait toute nue-Yambaye izuba- et urinait debout en disant : reculez car me voici, moi Muja Buganga. La foule, choquée, se décontractait en criant.
En somme, nous ne prétendons pas tout dire à propos de toutes les femmes, mais disons que le Muganuro n’excluait personne, par contre elle était une fête rassembleuse de toutes les familles de tous les coins du pays pour marquer l’unité nationale et la reconnaissance du pouvoir du roi.
Par Florence Irakoze