Dans le Burundi monarchique, à la cour Royale, se trouvaient un bon nombre de catégorie de personnes qui avaient des tâches et fonctions spécifiques. Parmi celles-là parlons aujourd’hui de la catégorie des Abakamyi dont le singulier est Umukámyi. Umukámyi c’est un trayeur. Sa fonction est de traire le lait. Notons que depuis toujours, la vache a occupé une place de choix dans les coutumes burundaises.
Selon F.M. Rodegem, autrefois, les trayeurs royaux étaient soumis à un rituel très strict. Considérés comme fonctionnaires de la cour, on les choisissait principalement dans la famille des Banyakarama. Tous devaient fournir un arbre généalogique sans aucune mésalliance. Le jeune trayeur une fois admis à la cour, s’initiait au contact des anciens. Il ne lui était pas permis de traire les vaches royales avant l’âge de quinze ans. On lui permettait de s’exercer sur les vaches de classe inférieure. Puis, il pouvait chasser les mouches des vaches royales; enfin, il était autorisé à tenir le couvercle du pot à lait, à maintenir le veau pour l’empêcher de téter pendant la traite : ‘’Gufata inyana’’.
On exigeait du trayeur une santé physique parfaite : outre qu’il devait être sans défauts, sans anomalies, il lui fallait encore, pour rester en bonne santé, se purger une fois le mois avec une décoction de fougère ‘Irāba’, mélangée avec de l’urine de vache. Le purgatif était suivi d’un vomitif : de l’eau tiède.
En cas de maladie, le trayeur était exclu du kraal royal. Les trayeurs se mariaient rarement avant trente ou trente-cinq ans. Il leur était interdit de toucher le pis de la vache s’ils avaient eu des relations avec une femme ou une fille. On destituait sans rémission celui qui passait outre à cet interdit et sa famille était condamnée à payer une lourde amende. Jean Baptiste Ntahokaja ajoute que le Roi Mwezi Gisabo était toujours muni d’une lance, lorsque il arrive de voir un trayeur qui courtisait ou draguait une servante ‘Incoreke’ il tirait sur eux sa lance. Le même châtiment frappait le trayeur qui aurait accusé faussement un de ses collègues d’avoir péché avec une femme. Tuer un chien ou une antilope était également défendu aux trayeurs du roi.
La tâche exclusive de ces fonctionnaires était la traite, la préparation du beurre et l’entretien des ustensiles nécessaires. La traite elle-même se faisait dans une cour réservée aux vaches royales. Les trayeurs devaient s’acquitter de cette noble fonction dans le plus grand silence, sous la direction de leur chef seul autorisé à donner des ordres. En dehors de la caste des trayeurs, nul n’était digne d’assister à l’opération. Avant la traite, chaque responsable se lavait les mains : il ne peut plus rien toucher qui ne soit pas directement lié au rite jusqu’à ce que tout soit terminé.
Le trayeur s’assied cérémonieusement sous la vache et, tenant le pot à lait entre ses jambes, sans détourner la tête, commence à traire, pendant que ses acolytes, tous de famille noble, tous aspirants trayeurs s’acquittent eux aussi de leur tâche : tenir le veau, chasser les mouches, garder religieusement le couvercle du pot à lait. Le premier pot rempli, le trayeur couvre celui-ci avant de se lever, puis le porte avec solennité sur l’étagère ad hoc. Il revient avec un autre pot. Nul ne peut lever les yeux ni regarder le pot à lait du roi ou des princes. Le même rituel se répétait chaque jour, matin et soir.
Avant de pouvoir toucher à nouveau des choses profanes, le trayeur devait se laver les mains. Si nul ne pouvait toucher;ni même regarder les pots à lait, par contre, le contenu était distribué par les trayeurs au personnel de la cour dans d’autres récipients. Les trayeurs royaux étaient répartis en cinq classes hiérarchisées d’après les vaches qu’ils étaient autorisés à traire : les vaches du roi, les vaches de la reine et des enfants royaux, les vaches réservées aux trayeurs, celles des vachers du roi, celles des dames de la cour chargées de s’occuper des princes. Un trayeur d’une catégorie supérieure pouvait donner un coup de main à un de ses collègues des classes inférieures mais l’inverse était strictement interdit.
Par Clovis Niyonkuru.